Histoire de l'abbaye de Boquen

Au XIIème Siècle, les débuts

L’abbaye de BOQUEN est située en Côtes d’Armor dans la commune nouvelle du Mené (depuis 2016), sur le territoire de Plénée Jugon.

Approximativement à mi-chemin entre Rennes et Saint-Brieuc, à 25 kms au sud de Lamballe, l’abbaye -dans un isolement relatif- se blottit, en bordure septentrionale de la forêt de Boquen au creux d’un vallon encerclé de collines, traversé par un affluent de l’Arguenon

Sur ce site vient s’établir vers 1137 une petite colonie de moines originaires de l’abbaye de Bégard (située près de Guingamp), appelée par Olivier Comte de Dinan et Agnorie de Penthièvre, sa femme, à y fonder une abbaye cistercienne, dans la lignée de l’émergence des maisons cisterciennes dans l’ancien duché de Bretagne.

Le site de Boquen représente une parfaite illustration des exigences de l’Ordre : isolement, bois, eau et pierres (une ancienne carrière de pierres se trouve au sud de l’enclos, dans le massif forestier, ainsi qu’une carrière d’ardoises à proximité du site)

Durant toute la période médiévale, l’abbaye abrite une communauté fervente d’une trentaine de moines qui s’attache à l’étude et devient un foyer d’enseignement. Ses ressources restent essentiellement constituées de dons et des apports d’un patrimoine foncier modeste dont cinq « granges monastiques » (grandes exploitations agricoles) et des aménagements hydrauliques importants (moulins hydrauliques, étangs).

Ces « granges monastiques » ne sont jamais à plus d’une journée de marche de l’abbaye ; les moines convers qui les exploitent y vivent pendant la semaine et reviennent à l’abbaye le dimanche pour avoir la messe dominicale et reprendre force dans la vie et la prière communautaire (tandis que les moines de chœur vivent à demeure à l’Abbaye pour prier et étudier).

Au XVème Siècle

En avril 1450, Louis du VERGER, Abbé de Boquen vient au château de la HARDOUINAYE (Saint-Launeuc), réclamer le corps de Gilles de Bretagne, frère du duc François 1er Bretagne afin de lui donner une sépulture chrétienne dans le chœur de l’église abbatiale.

A la suite d’intrigues sordides en effet, Gilles avait été emprisonné puis assassiné sur l’ordre implicite de son frère.

Un gisant de bois le représentant en chevalier avec armure et épée fut mis sur sa tombe. Ce gisant se trouve actuellement au musée de Saint-Brieuc

C’est à cette même époque que les moines décident de remplacer l’abside romane du 12ème siècle par un chœur gothique allongé. Cette transformation nous vaut les lumineuses verrières taillées dans le granit

Au XVIème Siècle : Le régime de la commende

Le régime de la « Commende » signifie que les abbés sont désormais nommés par le roi et non plus par les moines. L’abbé commendataire récupère les revenus de l’abbaye à son profit mais y réside rarement. Il assure néanmoins le financement des besoins et du fonctionnement de la vie monastique. La visée spirituelle monastique est supplantée par l’intérêt de faire fructifier les richesses produites par les abbayes.

La communauté est alors placée sous l’autorité de son prieur. L’abbaye de Boquen n’échappe pas à ce nouveau régime.

Les abbés commendataires de Boquen feront abattre les arbres de la forêt, dissuaderont les vocations pour avoir moins de bouches à nourrir et laisseront sans scrupules les bâtiments s’écrouler. Les bas-côtés de l’Eglise seront démolis pour épargner des frais de réparation.

En 1578, le Parlement de Paris notifie aux abbés de ramener les religieux à remplir leurs obligations sous peine de retrait de leur autorité temporelle. C’est ainsi que l’autorité des Abbés de Boquen, de la Vieuville, de Bon-Repos, de Langonnet, du Relec... est saisie pour éviter « non seulement la ruine des édifices mais même de la religion et de la piété ».

Les troubles de la ligue

A partir du milieu du XVIème siècle, les troubles de la Ligue accentuent la ruine spirituelle et matérielle : l’Abbaye est pillée aussi bien par les ligueurs que par les royaux, les moines sont dispersés.

En 1663, l’Abbé commendataire de Boquen, Urbain d’Epinay favorise l’introduction de la réforme de la stricte observance.

Au cours des siècles, les biens de l’Abbaye sont spoliés par les seigneurs laïcs voisins ou aliénés par l’abbé.

Jusqu’en 1665, l’Abbaye de Boquen possède la forêt environnante. Celle-ci est par la suite gérée par la maîtrise royale des Eaux et Forêts. A ce titre les religieux sont dans l’obligation de demander l’autorisation pour tout abattage de bois.

Au moment de la Révolution française, l’abbaye ne compte plus que quatre religieux et ses biens sont vendus entre 1790 et 1791.

Au XVIIIème Siècle, à la révolution Française Boquen devient bien national

La Révolution entraîne la suppression des Ordres Religieux en France. Aussi, le 26 mai 1791, le monastère est vendu comme bien national. Ses propriétés s’étendaient alors sur quatre paroisses : Louis TOUZE, de Broons, rachète l’Abbaye et ses dépendances pour le compte de Louis JOSSE, dernier prieur assermenté de BOQUEN. A sa mort, l’Abbaye sera vendue à divers propriétaires qui n’auront pas le souci de son entretien.

L’Abbaye devient alors une ferme et une carrière de pierres toutes taillées où s’approvisionnent à bon marché les bâtisseurs des environs. Peu à peu, les toitures s’effondrent, la végétation prend racine et l’Eglise Abbatiale s’endort sous les futaies envahissantes.

En 1935, il reste alors trois corps de bâtiments du XVIIe siècle, servant d’habitation à des familles de cultivateurs survivants vaille que vaille, ainsi que les ruines imposantes de l’église : les 4 murs dessinant la croix, et la salle capitulaire envahie par une végétation foisonnante.

 


Merci à Madame Fadila HAMELIN, historienne, spécialiste des "granges cisterciennes" et à Monsieur Michel Le COZ, enseignant à l'Université du Temps Libre du pays de Lorient, pour leurs contributions passionnées et approfondies

 

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